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A une poupée

Les jeux de la poupée

A Hans Bellmer</em />

Restreinte puisque tout ce que l'on peut dire d'elle, la borne, la limite,

Dans le plus petit espace de la vue la plus étroite,

On cherche en calculant, on cherche en ergotant,

La place de son cœur, la place de son enfance,

 La nuit rayonne à sa manière, des yeux au cœur,

La nuit annule le sensible, le seul espace pur,

L'homme aux aguets oublie le jour, baisse le front et perd,

Ombre entre les rideaux tirés,

La terre accable les collines, comble les vallées, joint les ponts.

 Certaines injures la déshabillaient, la rendaient pitoyable ou désirable

Sang et poussière, un dé de lait, un dé d'eau pure,

Dix aiguilles à main, oxydées dans les mailles de l'oreiller,

Un dé de paille dans la grange, un dé de gomme dans le puits,

Un dé de rien ici...

L'intérieur des draps pour miroir,

Un dé de tigres aux ongles et de lourdes fleurs d'encre aux lèvres,

Un rien de terre...

 C'est une fille, où sont ses yeux ?

C'est une fille, où sont ses seins

C'est une fille, que dit-elle ?

C'est une fille, à quoi joue-t-elle ?

C'est une fille, c'est mon désir...

 L'espace ouvert contient des seins, une tête sur un cou suave,

Et le germe de la lumière au fond de deux yeux sans secrets...

 Paul Eluard – 1938 le livre ouvert

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