La période préhistorique et le passé tout entier continuent en moi à imaginer des poèmes, à aimer, à haïr, à tirer des conclusions, je me suis brusquement éveillé de ce rêve, mais pour me rendre compte que je rêve et dois continuer de rêver sous peine de périr. (Nietzsche, Gai savoir) Il est entre le monde et le désert un accord de tous les instincts, des possibilités nombreuses de don de soi irraisonné, une vitalité de danse. (Georges Bataille, l'expérience intérieure)
En nous, à chaque fois, un principe d'insuffisance. Isolément, chacun de nous, en soi, et pour soi, continue son rêve, et tend son être dans l'aveugle tension d'un sommet indéfinissable. La nuit épaisse qui entoure chacune de nos pensées, chacun de nos désirs est comme chargée d'angoisse, mue par l'insuffisance. C'est toujours pauvrement et faiblement que l'on sent et se ressent. On s'imagine pouvoir, quand le réel réintroduit en nous la sensation d'inachèvement, d'insuffisance. Le désir forme un rêve et ce rêve maladroit c'est nous-mêmes enfin debout. Au dehors, hors ce rêve incessant, la vie est toute entière notre esclavage. La liberté est notre rêve en équilibre ; incertaine gestuelle du corps amoureux et désirant, qui ne cesse de parcourir la vitalité d'Aimer.
Il n'est pas inutile d'opposer aux reniements des uns ou aux échappatoires des autres que le combat est la même chose que la vie. La</personname /> valeur d'une femme, d'un homme, dépend de sa force agressive. Une femme, un homme « vivants » se représentent la mort comme ce qui accomplit la vie : ils ne la regardent pas comme un malheur. Par contre, une femme, un homme qui n'ont pas la force de donner à leur mort une valeur tonique sont comme déjà « morts ». Georges Bataille (La folie de Nietszche)