Le discours amoureux entendu comme une poussière de figures qui s'agitent selon un ordre imprévisible à la manière des courses d'un insecte dans une chambre, mouche entêtante du verbe que je puis assigner à l'Amour, du moins rétrospectivement, imaginairement comme un pur devenir réglé d'avance. C'est par ce fantasme historique que parfois j'en fais « une aventure ». La course amoureuse paraît alors suivre trois étapes ou trois actes. C'est d'abord, instantanée, la capture (je suis ravi, capté par une image), vient alors une suite de rencontres (rendez-vous, téléphones, lettres, petits voyages) au cours desquelles j'explore avec ivresse la perfection de l'être aimé, c'est-à-dire l'adéquation inespérée d'un objet à mon désir. C'est la douceur du commencement, le temps propre de l'idylle. Ce temps heureux prend son identité (sa clôture, son cercle) de ce qu'il s'oppose (du moins dans le souvenir) à la « suite ». La « suite » c'est la longue traînée des souffrances, blessures, angoisses, détresses, ressentiments, désespoirs, embarras et pièges dont je deviens la proie, vivant alors sans cesse sous la menace d'une déchéance, d'un terme final qui frapperait à la fois l'être aimé et moi-même, tout comme cette menace détruirait la rencontre prestigieuse qui nous a d'abord découverts l'un à l'autre, dans une mise à nu mise à mort...
Inspiré par Roland Barthes (fragments d'un discours amoureux)