Avant, ils se contentaient d'échouer au large des côtes espagnoles. Quelques articles dans les journaux locaux, une brève évocation du drame au 20h00 et puis l'on oubliait aussitôt qu'ils étaient morts avec dans leur tête, ce rêve de l'eldorado européen.
Aujourd'hui les voilà qui se déchirent aux barbelés des enclaves espagnoles de Ceuta et de Melilla. Les troupes marocaines tirent, quelques dizaines de morts, des milliers de migrants qu'on enchaîne et reconduit en plein désert où on les abandonne, sans vivres, sans eau...
Les images font le tour de nos écrans et brusquement le politique s'en mêle. Présidentielles oblige. Un Sarkozi, sarko-léon Napoléon en visite chez Kadhafi, au mépris des victimes du vol 163 de l'UTA, la mémoire c'est toujours dépassé quand il s'agit d'entrer en campagne. C'est une Europe qui déplace ses frontières. Les pauvres seront contenus là, avant la mer, dans un tout sécuritaire avec bien sûr un geste de compassion, d'humanitaire. Bref, L'Europe forteresse promet 40 millions d'euros pour des barrières, des camps chargés d'accueillir ces pauvres hères attirés par le spectacle de notre richesse. On déplace la misère et la détresse plus loin, au sud, en des pays pourtant également affectés par cette nébuleuse noire d'un paupérisme toujours plus vaste, immense champ ouvert juste en face de nos rivieras qui alimentent et hantent tant de fantasmes, en ces êtres habitués à des mondes où l'on survit avec 2 euros par jour.
Mais le seul moyen efficace de stopper le flot de ces réfugiés n'est-il pas de tirer de leur misère les pays dont ils s'évadent, de leur donner capacité à construire un avenir ? Pourquoi l'avenir serait-il seulement occidental ? Avec des quotas de réfugiés que l'on sélectionnerait etc... Les nouveaux négriers de l'Europe, actionnaires aux grands portefeuilles se frottent déjà les mains de cette immigration positive, grande idée Sarkoléonnienne. Discrimination positive, immigration positive, exploitation positive. Il y a tant de positif dans tout ça. Du positif pour toujours les mêmes, les négriers de tous temps, ces capitalistes sans vergogne qui même lorsque leurs compagnies dégagent du bénéfice licencient sans hésitation. HP innove, même les « cadres », les intouchables, aujourd'hui, sont jetés à la rue après 20 années à sacrifier leur vie familiale pour une carrière brusquement interrompue au nom du dividende. Jacques Diouf le directeur de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture) dans le journal du « monde » le 08/09/2005 disait « ces vingt dernières années l'aide annuelle en développement agricole et rural des pays les plus pauvres a été réduite de plus de la moitié, passant de 5.14 à 2.22 milliards de dollars ».
On le voit bien, les pauvres n'intéressent les patrons des grandes compagnies que lorsqu'ils savent pouvoir en tirer une majoration des bénéfices. Et en ce moment, sur le marché des pauvres c'est l'asiatique qui a la « côte ». Quant à l'africain, on se contente d'épuiser sa terre de ses ressources minières. Bienvenue dans le monde magique de l'ultralibéralisme. Ce qui est en question c'est non pas l'avenir économique de notre chère Europe, mais l'avenir tout court de l'humanité. Les ressources sont épuisées pour des profits rapides, aucun plan à long terme. C'est l'argent facile et vite gagné. Une prédation de sociétés de consommations en perdition. Et ce qu'il y à perdre, c'est aussi un devenir.