" Les fleurs sont immortelles, le ciel d'un seul tenant
Et ce qui adviendra : simple promesse..."
Ossip Mandelstam
La poésie de Mandelstam est emplie de confiance, d'une certitude calme, imperturbable, en elle, il y a comme le sentiment d'être dans le juste.
Dans la tradition russe, la poésie avait quelque chose de l'oracle grec, une espèce de vision prophétique qui rameutait les foules, les exaltait, exerçait en quelque sorte un pouvoir "religieux". Mandelstam assigne à la poésie la mission de témoignage unique, face à un Occident dévoyé par ses soucis d'efficacité économique. Il interroge la langue russe et comme le fit Nietzsche, cherche en elle le fond dionysiaque, irrationnel qui la constitue, pour lui donner un être de parole, pour faire rayonner les forces de la terre, leur surgissement, tout en leur donnant la cohésion d'un système et d'une organisation qui les rendent communicables et belles. La chair du poème, cette parole de vie, innerve la chair du poète et pourrait être aussi la seule nourriture convenable pour le corps social, ce verbe-là étant parole de vérité et de vie. L'œuvre de Mandelstam a un accent prophétique et messianique.
La fonction du poète est d'éveiller le peuple à la conscience de sa vie profonde, de lui rendre ce sol originaire que la folie de l'histoire moderne lui dérobe, cette musique secrète encore enfouie au coeur de la langue. C'est</personname /> le seul moyen de sauver ce peuple. Et jusqu'au dernier moment, jusque dans la plus grande détresse morale et physique, c'est encore cette confiance dans le pouvoir purificateur et baptismal du poème que Mandelstam sombre.
L'ouïe fine tend la voile
Le regard dilaté se vide
Et le coeur inaudible des oiseaux nocturnes
Plane à travers le silence
Mandelstam mourut, dans un goulag près de Vladivostok, en 1938. Son corps fut jeté dans la fosse commune.