Eklablog Tous les blogs
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

Anxieuses collines

Du sable des temps, par quel vent remué dans la mémoire, surgissent coupoles neigeuses et temples morts et soudaines murailles, heures qui se dressaient comme des tours, monuments qui n'existent que dans les yeux qui les ont regardés.

Légions implacables, astres inouïs comme des glaives, trempés au froid immense et pur, siècles destructeurs ainsi que des charrues passèrent sur mes champs, et la vie durant des années, fut en moi comme un grand désert, et le temps devint sable hanté de vains regrets.

Statues détrônées, les minutes roulaient sans bruit le long des marches, d'un mol et sourd escalier. Dénués de sens, les désirs montaient vers le ciel inévitable comme des colonnes anxieuses de soutenir des chapiteaux absents.

Le temps n'était que sable et sur le sable, les traces durent ce que veut le vent. Mais comment tout à coup se lèvent-ils les souvenirs, surgissements de marbres ? Haut minaret de l'aube, à ton balcon je découvris le monde : il n'était pas plus grand que ma conscience !

J'ai souffert devant cet autel, et derrière cette porte, j'entendis passer des armées vaincues ; Dans la fontaine tarie se plaint le cœur d'une source épuisée.

La poussière à nouveau en roche se concentre. La vie a eu raison du temps. Car rien de ce que je vécus ne fut vrai, ne fut mien comme l'est, parmi ces plages de sable, la blanche ville rebâtie par le vouloir du vent, le vent qui gèle et qui brûle, le vent qui à la fois illumine et aveugle, le vent de l'ultime justice, le vent de sable du désert...

Jaime Torres Bodet

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article