• Sonatine, c'est l'histoire d'un homme aveugle qui, arrivé à l'âge de la retraite, se met à voir ; cela étant bien entendu à prendre au sens figuré. Scorsese dix ans plus tôt avec son immense Raging Bull avait déjà traité ce thème. Mais ici, le simple fait que l'homme en question soit un yakuza et que le conteur se nomme Takeshi Kitano suffit à changer d'univers. Visages inexpressifs, violence ultra sèche et dialogues occasionnels ponctuent ce long métrage. Le style de Takeshi Kitano s'exécute ici dans sa forme la plus pure. En ce qui concerne la thématique, Sonatine reste le point de convergence de tous les éléments « types » de son œuvre. Retombée en enfance, récurrence du bord de mer, règlements de compte sanglants entre gangsters impassibles.

    Lorsque Kitano se glisse « au derrière » de la caméra il filme son époque, la société japonaise comme personne : les images sont comme figées, mortes, les personnages se contentent d'être là, pâles figures du neutre. Chez Kitano,  la violence est une provocation. Il se contente de poser sa caméra devant quelques hommes immobiles, le bras tendu, en train de vider leur chargeur sans broncher sur le groupe d'en face. Force est de constater que le procédé donne au film une dimension « autre ».

    Une séquence. Séquence dite de « la roulette russe ». Ce sourire fou, lorsque le canon est apposé à la tempe et que le doigt taquine la gâchette, renferme en lui-même tout le drame du personnage. Dès cet instant, le héros prend conscience de la démesure, celle de son métier en premier lieu, et par élargissement, celle des valeurs héritées d'un mode de vie devenu mécanique, immoral, inhumain. Au terme de ce passage clé, appuyé par la vision d'un terrifiant cauchemar prémonitoire, on comprend que cette histoire n'aura pas d'autre issue que la tragédie. L'humour</personname />, la légèreté et les jeux puérils au bord de la mer. Kitano</personname /> introduit la comédie de manière magistrale, en glissant dès le départ une scène de jeu horrible qui trouve un retentissement percutant lors de la seconde vision du film. Le héros et ses collègues assistent à la lente exécution d'un pauvre gérant de magasin qui leur a désobéi. L'homme est suspendu au bout d'une grue positionnée au bord de l'eau, ce qui permet aux spectateurs muets de profiter d'une vue imprenable sur sa noyade progressive. les visages restent de glace, on n'y lit pas l'ombre d'une quelconque forme d'amusement. Ce passage précis, placé aux côtés des multiples scènes de « freesbie » et autres tournoi de sumos, c'est le jour et la nuit qui conjuguent leurs violences. A la fois drôles et émouvantes les scènes de plage où les « caïds » retrouvent ensemble les joies de l'innocence enfantine s'inscrivent toutes sous le signe de l'anthologie. A découvrir ou re-découvrir.

    Mais aussi News (entre ombre et lumière au blogroll) précise :
    "Sonatine, mélodie mortelle" a très largement été inspiré par la "Guerre des Gangs à Okiniwa" réalisé en 1971 par Fukasaku. Outre la trame sensiblement identique [un chef de gang téméraire déchu et trahi par son Boss est banni de la métropole et s'exile sur Okinawa en compagnie de ses lieutenants], outre la brutalité des scènes de "gunfight" ou de castagne [Okinawa est le berceau du karate et du nunchaku], ou même la frappante ressemblance entre le chef de gang... Ce qui par dessus tout ne laisse aucun doute quant à l'inspiration de Kitano par Fukasuku, c'est la chanson en dialecte d'Okinawa, acommpagnée au shamisen [un instrument de musique traditionnel à cordes] qui est présente tout au long des deux films. Plutôt qu'un plagiat, il s'agit vraisemblement d'un hommage que Kitano rend à Fukusaku : la première expérience de Takeshi en tant que réalisateur est dû au désistement in extremis de Kinji Fukusaku sur le film "Violent Cop". La dérision d'une scène dîte sérieuse ou tragique est une constante dans l'oeuvre de Kitano.


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  • "L'homme est assis dans une posture étrange,au milieu de la pièce :une fosse de tubes,chiffons secs et matériaux aux origines à jamais perdues,cahiers,classeurs empilés,croquis,ébauches.Il regarde notre laideur. Son regard nous traverse,nous taille.Il nous ouvre au scalpel.La peau s'écarte sans résistance.les os craquent.Nos visages se tordent.Nos êtres montrent les affres,les peurs,les cicatrices,la beauté cachée de notre plus belle humanité.Défigurés nous existons enfin".

    Extrait de ce très beau livre d'Hafid Aggoune "Quelle nuit sommes-nous?" Ce post m'a été envoyé par brigitte que je remercie vivement pour le partage de cet espace...

    Autres Oeuvres de Bacon dans ce blogg</strong />


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  • L'œuvre publiée de Louis-René des Forêts est rare, romans et récits essentiellement, fragments, manuscrits détruits ou inédits, dont seuls quelques extraits, parus en revues, sont la part visible. Ecrivain secret, hanté par la question du langage et, à ce titre, extrêmement réticent à parler publiquement de son œuvre, Louis-René des Forêts a accepté de rompre son « vœu de silence ». Aussi ce film, le seul auquel il a accepté de participer, constitue-t-il un document important. Mais ce portrait ne livre pas seulement un témoignage du point de vue de la littérature, du rapport thématique au silence, de la passion pour la musique. Cette rencontre révèle une part de l'autobiographie de l'écrivain. L'écriture d'Ostinato, au caractère fragmentaire voulu comme « des espèces d'épiphanies », traduit par la langue des moments de vie et exclut par sa nature même la perspective d'un aboutissement. La visite chez l'écrivain, menée par Benoît Jacquot et Jean-Benoît Puech, n'est pas sans air de parenté avec la forme et l'univers mêmes des récits de l'auteur du Bavard et de La Chambre des enfants : « La caméra ne se permet aucune divagation. Mais dans son usage retenu, concentré, elle fait du moindre détail, un événement ». (Marianne Alphant, Libération, 1988)

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  • Quelques liens pour découvrir Jérome Bosch :

    Jerome Bosch

    Vous avez dit Jérome Bosch ?

    Œuvres de Jerome Bosch

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  • Le parcours d'Etienne Jules Marey débute comme celui de n'importe quel jeune médecin. Etudiant à la Faculté de Médecine de Paris, interne à l'hôpital Cochin, il soutient une thèse sur La circulation du sang à l'état physiologique et dans les maladies en 1859. Mais très vite, la recherche en physiologie prend le pas sur la pratique médicale. Marey est nommé chargé de cours au Collège de France où il installe un laboratoire. Il s'intéresse au fonctionnement du cœur et invente le sphygmographe, un appareil permettant d'enregistrer les battements du pouls. Plus tard, il énonce les lois de Marey concernant l'inexcitabilité périodique du cœur pendant la systole.
    Ayant eu connaissance des travaux photographiques de Muybridge dans les années 1870, Marey met au point une série d'inventions pour l'étude du mouvement. En 1882, il remplace le barillet d'un fusil par une plaque photographique circulaire et s'en va à la "chasse" au vol d'oiseaux ; le fusil photographique, véritable ancêtre de la caméra, enregistre douze images par seconde. La même année, il crée le chronophotographe à plaque fixe, sur laquelle s'inscrivent côte à côte les images décomposées d'un mouvement. Après perfectionnement, Marey dépose un brevet pour un chronophotagraphe à pellicule mobile en 1890 et propose ses premiers films à la projection en 1893. Tous ces procédés permettent au chercheur français de disséquer au ralenti les différentes phases de la locomotion humaine et animale, qu'elle soit terrestre, aérienne ou aquatique. Il publie de nombreux ouvrages traitant de ses travaux parmi lesquels La machine animale (1872), La méthode graphique dans les sciences expérimentales (1878), Etude de la locomotion animale par la chronophotographie (1887), Le vol des oiseaux (1890) et Le mouvement (1894).


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